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Intelligence en essaim
Les sociétés d'insectes nous proposent un modèle de fonctionnement bien différent du modèle humain: un
modèle décentralisé, fondé sur la coopération d'unités autonomes au comportement relativement simple et
probabiliste, qui sont distribuées dans l'environnement et ne disposent que d'informations locales (je veux dire
par là qu'elles ne disposent d'aucune représentation ou connaissance explicite de la structure globale qu'elles
ont à produire ou dans laquelle elles évoluent, bref, qu'elles n'ont pas de plan).
Les insectes possèdent un équipement sensoriel qui leur permet de répondre aux stimulations : celles qui sont
émises par leurs congénères et celles qui proviennent de leur environnement. Ces stimulations n'équivalent
évidemment pas à des mots ou à des signes ayant valeur symbolique. Leur signification dépend de leur
intensité et du contexte dans lequel elles sont émises ; elles sont simplement attractives ou répulsives,
inhibitrices ou activatrices.
Dans les sociétés d'insectes, le "projet" global n’est donc pas programmé explicitement chez les individus, mais
émerge de l’enchaînement d’un grand nombre d’interactions élémentaires entre individus, ou entre individus et
environnement. Il y a en fait intelligence collective construite à partir de nombreuses simplicités individuelles.
Jean-Louis Deneubourg - professeur et chercheur en processus biologiques et théorie des processus
collectifs, Université libre de Bruxelles.
Les sociétés d'insectes (fourmis, abeilles, termites…) sont devenues, ces deux dernières
décennies, des modèles particulièrement observés. Comment diable la seule interaction d'un
grand nombre d'individus individuellement "stupides" peut-elle faire émerger un collectif intelligent,
réactif, stabilisé, adaptable et en symbiose avec l'environnement ? On parle d'intelligence en
essaim. Voilà qui a donné naissance à de nombreuses simulations logicielles5, toutes plus fertiles
en découvertes les unes que les autres.
L'intelligence en essaim est "aveugle" du fait de son absence d'holoptisme ; aucun des individus
n'a une quelconque idée de ce qu'est l'entité émergente. Ce qui "stabilise" et dirige les sociétés
d'insectes sociaux, ce sont en grande partie les conditions extérieures (température, météo,
dangers, nourriture…), qui servent de contenant naturel et indiquent la voie à suivre. Il a fallu des
millions d'années d'évolution pour que s'affine la panoplie comportementale des individus
("programmée" génétiquement), et que ces sociétés atteignent la stabilité et la robustesse que
nous leur connaissons.
Il semblerait que, chez l'humain, une forme d'intelligence en essaim se manifeste également dans
le domaine de l'économie. A chaque fois que nous effectuons un paiement, nous engageons un
geste assez similaire, dans sa simplicité et sa dynamique, à celui d'un échange entre deux
insectes sociaux. De la multitude de transactions simples et probabilistes d'individu à individu
émerge un système collectif très élaboré, pourvu de propriétés adaptatives et réactives à
l'environnement. C'est ainsi que la société humaine depuis longtemps gère et équilibre ses
ressources au niveau macroscopique (alors qu'au niveau local d'une organisation, c'est
l'intelligence collective pyramidale qui en organise la circulation, comme nous l'avons évoqué plus
haut).
Limites de l'intelligence en essaim
L'intelligence en essaim fonctionne à cette condition qu'il y a uniformité et désindividuation de ses
agents. Ces derniers, anonymes parmi la foultitude des d'autres agents anonymes, y sont
facilement sacrifiés – même à grande échelle – au nom de l'équilibre global du système. Si ce fait
semble acceptable pour les insectes sociaux dont chaque individu est indifférencié, il ne l'est
évidemment pas pour les espèces animales dont l'équilibre repose précisément sur la
différentiation des individus, en particulier chez l'Homme.
Cette distinction fondamentale semble pourtant ignorée par les nombreuses théories
économiques, qui fondent leurs modèles et doctrines sur des interactions d'agents indifférenciés
5 D'où les termes de swarm computing et d'automates cellulaires
Copyleft 2004 - Jean-François Noubel – jf TheTransitioner.org page 14
Intelligence_Collective_Revolution_Invisible_JFNoubel.odt
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