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en 1994, le quartier général de la Watch Tower, je parlais brièvement avec Lloyd Barry de
ma lettre pour laquelle il n'avait jamais accusé réception.
Et contrairement au changement espéré dans la politique à l'égard des agresseurs,
ces derniers purent continuer dans le ministère et retrouver leur position d'autorité si ils se
montraient repentants. Je compris cependant que la décision à propos de ces situations
devenait difficile et avait des ramifications. La complexité et la portée de la situation de tous
les enfants abusés sexuellement au sein de l'organisation prenaient des proportions
énormes. Mais quant aux enfants, envers et contre tout, ils continuèrent d'être abusés par
leurs agresseurs Témoins, et comme je le savais, je décidai de mettre fin à cette situation. Je
fus heureuse d'apprendre que le recours à des thérapeutes, en vue d'atténuer les effets à
long terme subis par les enfants victimes d'agressions sexuelles, n'était plus considéré avec
dédain comme c'était le cas en 1992 et 1993. Toutefois, en décembre 1994 on en revint à
un point de vue des plus rigides comme cela avait déjà été le cas pendant le cours de l'Ecole
du Ministère du Royaume. Il avait été dit, durant le cours, aux anciens que les accusations
portées contre un Témoin pour donner suite à la mémoire refoulée ne sont plus admissibles
pour entreprendre une action judiciaire. Il avait été précisé qu'en l'absence du témoignage de
deux témoins oculaires de l'agression, et de l'abandon automatique de l'accusation, il ne
serait pas pris de sanctions ni d'excommunication prononcée.
Je me rappelle combien je me suis sentie inquiète, dans la période s'étendant de
1993 à 1997, à propos de ces règles de confidentialité. Je me suis ouvertement exprimée
auprès de mes amis du département de la rédaction au sujet de l'aveu d'agresseurs
paraissant repentant, au sein de ma congrégation et qui continuaient de prendre dans leurs
bras des bébés ou de tenir sur leurs genoux de jeunes enfants; de plus les anciens ne
disaient rien et n'avertissaient pas même les parents. Une lettre du 1er août 1995 adressée à
tous les collèges d'anciens, semblant faire suite à mon inquiétude, incita les anciens à faire
preuve de prudence vis-à-vis d'anciens agresseurs d'enfants, et attira particulièrement
l'attention "sur le danger évident lorsque ces derniers prennent dans leurs bras des enfants
ou les tiennent sur leurs genoux cette lettre suggérait également de ne pas les laisser seuls
avec des enfants sans la présence d'un autre adulte".
Je sais que Harry et bien d'autres essayaient toujours d'être différents. Finalement,
en 1997, la société Watch Tower annonça, dans l'article du périodique La Tour de Garde du
1er janvier sous le titre:"Ayons en aversion de qui est mauvais" qu'un homme ayant abusé
sexuellement d’un enfant ne remplit pas les conditions requises pour assumer des
responsabilités dans la congrégation. L'article précisait également que l'organisation ne
protégerait pas l'agresseur des risques de sanctions éventuelles prises par l'Etat. Peu de
temps après, Harry et moi discutions par téléphone et il me déclarait qu'il était extrêmement
heureux de voir 5 ans de labeur déboucher sur une nouvelle politique empêchant un
agresseur même repentant de se voir attribuer une position de responsabilité dans la
congrégation. Bien que satisfaite par ces nouvelles règles, j'étais troublée en lisant la phrase
suivante: "Si le coupable [l'agresseur] s’avère repentant, on l’encouragera à faire des
progrès spirituels, à prendre part à la prédication, [le ministère des Témoins de Jéhovah
c'est-à-dire le porte à porte]…" ce qui était exactement le contraire de ce que j'avais exprimé
auparavant.

Une loi lacunaire, et une autre inapplicable: celle des deux témoins
A première vue le Collège central semblait avoir progressé en indiquant que quiconque est
un agresseur reconnu ne peut plus exercer de privilèges au sein de l'organisation. Ainsi on
avait finalement reconnu qu'un ancien agresseur est toujours un agresseur potentiel. Donc,
si un agresseur exerce déjà une responsabilité dans la congrégation, il peut en être démis.
Les Témoins manifestèrent leur enthousiasme pour la nouvelle politique, pensant qu'ainsi
plus aucun agresseur connu ne pourrait obtenir de responsabilité dans la congrégation; le
Collège central s'était, à leurs yeux, montré bien supérieur dans la gestion du scandale des
agressions d'enfants que les autres églises, en proie à de nombreuses difficultés, à travers
tout le pays.
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