Je partis sans regrets. Pendant que je me trouvais au centre mondial des Témoins de
Jéhovah, j'avais donné le meilleur de moi. Bien que j'aimais ces personnes, j'avais un
dilemme. Après avoir quitté New York pouvais-je laissé tomber ma compassion et oublier
tout ce que j'avais appris au sujet du scandale caché des agressions sexuelles sur enfant au
sein de l'organisation Watch Tower? Je savais que si par compassion je remuais ces choses
en dehors du Béthel, je risquais d'être exclue. Quand j'ai quitté New York je n'ai pas
abandonné la compassion sincère que j'avais pour les victimes de ces loups malhonnêtes
déguisés en brebis opérant au sein de l'organisation, mais à présent que pouvais-je faire?
Les années qui suivirent furent stressantes pour ne pas dire plus.
Peu après notre retour au Tennessee, une lettre datée du 3 février 1993 a été
envoyée à tous les collèges d'anciens des Etats-Unis à propos des agressions sexuelles sur
mineur. Apparemment le travail que j'avais effectué portait du fruit, car cette lettre contenait
certaines informations que j'avais incluses dans le courrier envoyé au Collège central. De
nombreuses suggestions, dans le but d'apporter de l'aide aux victimes, étaient conçues,
particulièrement, pour celles souffrant de troubles longtemps après l'événement. L'attitude du
Collège central paraissait plus conciliante envers la réalité de la mémoire refoulée. Dans la
lettre il était également répété que le fait de consulter un professionnel de la santé en vue de
recevoir de l'aide, et de rapporter l'agression aux autorités ne représentait pas un acte
désobligeant vis-à-vis des anciens. Et ce n'était pas tout. Un nouvel article, extrêmement
bien documenté sur le thème des agressions sexuelles sur mineur, parut dans Réveillez-
vous! du 8 octobre 1993, il parlait de professionnels compétents aidant les victimes d'abus
sexuels pendant leur enfance.
J'ai continué mes recherches pour le département de la rédaction depuis mon
domicile. Parmi les choses examinées je me suis penchée sur le problème de l'agression
sexuelle sur mineur au sein des autres religions et plus généralement de la société. En un
sens j'espérais comme quelques-uns au quartier général de la Watch Tower, que le Collège
central modifierait sa politique à l'égard des agressions sexuelles sur mineur.
Cependant, au lieu de voir les premiers résultats de mon travail, j'appris avec horreur,
quelques mois après notre retour à la maison, qu'au sein des congrégations de notre région
un grand nombre d'agressions avaient eu lieu dans un passé récent et qu'aucune d'entre
elles n'avaient été annoncées aux autorités. Ces agressions étaient rapportées à des
hommes n'ayant peu, voire pas d'idées sur le processus à suivre dans ces affaires
complexes d'accusations pour agressions sexuelles, voilà qui était pour le moins dérangeant,
ou même effrayant.
Des réactions tardives
Un ancien de ma congrégation a confessé avoir agressé la fille d'une Témoin. Il perdit sa
charge d'ancien parce que le père, non Témoin, de l'enfant porta plainte auprès de la police
ce qui fit grand bruit. Quelques années plus tard à la suite d'habiles manœuvres l'agresseur
recouvra, contre toute logique, ses privilèges au sein de la congrégation. Il avait réussi à
convaincre les anciens qu'il était repentant, alors que selon toute évidence il utilisait le
ministère de maison en maison pour rencontrer et étudier la Bible avec des femmes seules
ayant des enfants, dans le but d'abuser ensuite de ces enfants. J'envoyais une lettre à la
société Watch Tower pour exposer la situation; de plus j'écrivis une missive implorant Lloyd
Barry, membre du Collège central (décédé depuis ces événements) d'examiner les faits.
Dans ma lettre, je faisais part de mon inquiétude en pensant aux agresseurs engagés dans
le ministère de porte en porte en me référant aux agissements d'un pédophile de notre
congrégation usant de cette activité pour trouver de nouvelles proies, et déclarais que la
participation, d'un agresseur, à cette forme de témoignage devrait être mise sous restriction.
Pour augmenter mon inquiétude j'appris qu'en dehors des congrégations les noms, y
compris celui du repenti, n'avaient jamais été communiqués au public; peut-être certains
avaient-ils été mis à la disposition des autorités après un long délai d'attente. Par
conséquent ils étaient toujours potentiellement dangereux et susceptibles de continuer
d'abuser de nouveaux enfants, ce que certains n'ont pas manqué de faire. Lorsque j'ai visité,
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